Dans l'entreprise, il existe une formule redoutable.
Elle tient en deux mots.
Merci de.
— Merci de me transmettre le document avant 17 h.
— Merci de faire le nécessaire.
— Merci de revenir vers moi rapidement.
Dans ces phrases, personne ne remercie personne.
On ordonne.
Mais avec une politesse de façade, un sourire administratif et une élégance un peu sèche.
« Merci de » est une laisse courte.
La formule transforme une contrainte en gratitude anticipée. Elle remercie l'autre avant même qu'il ait obéi, ce qui rend son éventuel refus presque immoral.
Le chien n'a pas cette perversité syntaxique.
Quand il veut sortir, il regarde la porte.
Quand il veut manger, il regarde la gamelle.
Quand il veut une caresse, il pose la tête sur un genou.
Il ne dit pas :
— Merci d'ouvrir la porte dans les meilleurs délais.
Il dit :
— La porte est fermée. Vous êtes présent. J'attends.
C'est plus clair.
Le chien, au moins, grogne ou remue la queue.
L'humain écrit :
— Bien cordialement.